Film documentaire « L’Ecole du changement » d'Anne Schiffmann et Chergui Kharroubi

C’était le 14 novembre 2019, au cinéma Vendôme. En avant-première, le film documentaire « L’Ecole du changement » était projeté en présence des réalisateurs.

C’est un sujet dont nous avons déjà parlé à maintes reprises… oui, c’est vrai. Mais de le voir à l’écran m’a bouleversée. Comme toute tentative d’adultes essayant d’entrer en contact avec des jeunes. Des jeunes en perte de repères, déboussolés, mal dans leur peau. Des ados en pleine mutation, rebelles, rejetant l’autorité. En mal de confiance en eux et dans le monde qui les entoure. Pour qui l’école ne signifie plus rien car au bout, de toute façon, ce sera le chômage… L’école qui veut leur imposer des schémas dont ils n’ont que faire. Qu’ils ne comprennent pas car ils ne s’y sentent pas écoutés…

Oui, ce tableau est sombre, trop sans doute. Jusqu’au jour où des profs, conscients de cet état de choses, dans leur asbl Les Pédagonautes, ont rêvé… rêvé de créer des écoles secondaires d’un genre nouveau : les écoles secondaires plurielles à pédagogie active. Car comme l’a dit Mark Twain « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. »

Trois écoles sont ainsi nées en 2017 :

- l’École secondaire Plurielle Maritime à Molenbeek Saint-Jean ;

- l’École secondaire Plurielle Karreveld à Molenbeek Saint-Jean ;

- le Lycée Intégral Roger Lallemand à Saint-Gilles.

Ce documentaire a été filmé pendant toute une année dans les deux premières de ces écoles. Elles sont toutes les trois publiques, ouvertes à tous, et l’enseignement y est donc gratuit. Ce qui m’a frappée, c’est l’engagement sans limite des professeurs, avec parfois à la clé une fatigue éprouvante pouvant aller malheureusement jusqu’au burn-out, mais n’entamant toutefois pas leur enthousiasme pour ce projet fabuleux. Des jeunes qui étaient en décrochage scolaire ont repris goût à l’apprentissage et (re)viennent à l’école avec plaisir. C’est magnifique.

La base de cette méthode est le dialogue, l’ouverture à l’autre, la bienveillance, la confiance réinstaurée notamment entre élèves et professeurs. L’apprentissage est transversal : plusieurs matières sont assemblées, par ex. math – ébénisterie – informatique, pour faire découvrir aux élèves les liens et l’utilité de toutes ces matières a priori sans intérêt immédiat. Et cela crée l’enthousiasme, l’envie d’en savoir plus, un éclairage nouveau, et pourquoi pas des vocations. Les grands aident les petits et ceux qui ont des difficultés de compréhension … Solidarité.

Bien sûr, nous avons toutes en mémoire l’expérience de profs qui nous ont touchées, qui étaient parvenus à se connecter à nos envies d’apprendre, de comprendre. Des profs qui avaient réussi à nous intéresser, qui nous avaient permis de grandir et d’assembler quelques pièces de puzzle. Aujourd’hui aussi, de tels profs existent, bien heureusement. La principale différence, c’est que dans ces nouvelles écoles, leur conviction et leur méthode y sont appliquées par l’ensemble de l’équipe.

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Pour la réalisation de ce film d’une durée de 94 minutes, les réalisateurs ont dû évidemment couper pas mal de choses et faire des choix parfois cornéliens. Le film peut paraître trop idyllique. En effet, les difficultés liées à la discipline, inhérentes à toute école et propres aux ados, n’apparaissent pratiquement pas. La question a été soulevée à l’issue du film. Les réalisateurs ont répondu avoir voulu mettre l’accent sur les aspects positifs mais ont reconnu que ces problèmes sont bel et bien présents dans ces écoles comme partout ailleurs.

Et la question qui venait à l’esprit de beaucoup a été posée : pourquoi cette méthode n’est-elle pas appliquée dans tout l’enseignement et dès le plus jeune âge ? Pas de réponse… Aujourd’hui, cela demande une telle créativité pour tout inventer, un tel engagement, que souvent cela peut paraître insurmontable, énorme, perturbant, envahissant… Les Pédagonautes reconnaissent la difficulté du recrutement au sein du corps professoral.

Et dans la foulée, je m’interroge sur le Pacte d’excellence. Prévoit-il l’application de la pédagogie active ? Dès la maternelle ? Oui, semble-t-il. Il promeut, entre autres, la transversalité, notamment dans son tronc commun. Peu à peu, il en forcera la généralisation, même si actuellement déjà, toutes les écoles sont censées l’appliquer…

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Nous avions travaillé sur le thème du « Même pas peur » dont les textes sont postés ici même. Si quelque chose peut nous donner des raisons d’espérer un monde meilleur, c’est bien évidemment notre jeunesse, vers laquelle il nous faut nous tourner. C’est ce que ces initiatives nous démontrent. Transmission. Souvent nous avons entendu parler de ces méthodes nouvelles, de ces écoles plurielles. Visionner le fonctionnement de ces écoles, leurs difficultés, mais aussi et surtout leurs grandes victoires démontrées en images, a un tout autre impact. La théorie prend corps. Beauté.

26 novembre 2019

L'école du changement